Passer un projet After Effects 16:9 en 9:16 sans tout refaire : méthodes et automatisations
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Le format vertical 9:16 est devenu incontournable : Reels, Shorts, TikTok, stories sponsorisées. Le problème, c'est que la majorité des productions partent encore d'une composition maître en 1920x1080, et que le client demande le format vertical en fin de projet, souvent la veille de la livraison. Refaire tout le montage depuis zéro n'est pas une option viable quand le budget n'a pas bougé.
Pourtant, la conversion 16:9 vers 9:16 sur After Effects n'est pas une simple rotation de composition. C'est une opération qui touche au recadrage des assets, à la hiérarchie des calques, à la typographie, aux masques et aux expressions. Bien préparée en amont ou bien scriptée en aval, cette conversion peut se faire en une fraction du temps normalement consacré à une nouvelle déclinaison. Voici les méthodes concrètes employées en studio, du bricolage raisonné à l'automatisation poussée.
Comprendre ce qui change réellement entre 16:9 et 9:16
Le ratio 16:9 en 1920x1080 et le ratio 9:16 en 1080x1920 partagent la même largeur en pixels : 1080. Ce n'est pas anodin. Concrètement, si votre composition maître est en 1920x1080, votre composition verticale partage sa dimension horizontale avec la dimension verticale de la source. Ce que vous perdez, c'est la largeur latérale des deux côtés, et ce que vous gagnez, c'est de l'espace au-dessus et en dessous.
Cela signifie que les assets centraux survivent souvent très bien à la conversion. Un logo centré, un titre placé sur l'axe vertical de la composition, une animation graphique au milieu du cadre : ces éléments passent sans douleur. Ce qui pose problème, c'est tout ce qui vit dans les marges latérales : textes alignés à gauche ou à droite, éléments graphiques décoratifs en bords de frame, animations qui entrent ou sortent par les côtés, compositions imbriquées avec des précomps qui débordent intentionnellement.
Avant de toucher à quoi que ce soit, faites un audit visuel rapide de votre composition en désactivant les 440 pixels de chaque côté (soit la différence entre 1920 et 1080). Dans After Effects, créez un calque solide 1080x1080 centré, passez-le en mode Multiply sur un aplat blanc, et regardez ce qui disparaît dans votre composition existante. Ce diagnostic prend dix minutes et vous évite de mauvaises surprises une fois la composition redimensionnée.
La méthode rapide : imbriquer la composition 16:9 dans un conteneur 9:16
La technique la plus rapide consiste à créer une nouvelle composition en 1080x1920, puis à y glisser votre composition 16:9 existante comme une précomposée. Vous obtenez immédiatement un calque 1920x1080 dans un cadre 1080x1920. L'étape suivante : choisir votre stratégie de recadrage.
Première option : le zoom centré. Vous scalez la précomposée à environ 177% (1920/1080 = 1,777) pour qu'elle remplisse la largeur de la composition 9:16, ce qui recadre verticalement sur la zone centrale. C'est efficace quand l'action principale est dans la bande centrale de votre 16:9. Vous pouvez animer la position Y pour recadrer sur un sujet précis à un moment donné, comme on le ferait avec un reframe en montage vidéo.
Deuxième option : le letterbox assumé. Vous laissez la comp 16:9 à sa taille d'origine ou légèrement scalée, et vous occupez les bandes supérieure et inférieure avec du contenu spécifique : fond de couleur, pattern, version texte du message principal, call-to-action. Cette approche demande plus de travail mais produit un format vertical qui ne ressemble pas à un recadrage paresseux. Pour les campagnes publicitaires avec contraintes de lisibilité, c'est souvent la seule option acceptable.
Troisième option : le split screen. Vous divisez la composition 9:16 en zones : la partie haute reçoit le contenu animé recadré, la partie basse reçoit le texte, le logo, le CTA. Ce découpage fonctionne particulièrement bien pour les spots produit où l'animation peut vivre dans un format quasi carré en haut du cadre.
Réécrire la composition calque par calque : quand et comment
La méthode d'imbrication a ses limites : dès que la composition source contient des textes en bords de cadre, des animations d'entrée par les côtés, ou des masques liés aux dimensions de la comp, vous devez intervenir calque par calque. C'est plus long, mais c'est la seule façon d'obtenir un résultat propre sur des projets complexes.
Commencez par dupliquer votre projet entier avant de toucher quoi que ce soit. Travaillez sur la copie. Changez les dimensions de votre composition maître via Composition > Composition Settings en passant de 1920x1080 à 1080x1920. After Effects repositionne les calques en conservant leurs coordonnées absolues, ce qui signifie que tout ce qui était hors champ à droite ou à gauche se retrouve potentiellement hors champ en bas ou en haut.
Les calques de texte sont les premiers à traiter. Si vous utilisez des text layers avec des expressions de positionnement basées sur thisComp.width ou thisComp.height, la bonne nouvelle c'est que ces expressions s'adaptent automatiquement au changement de dimensions. Si vos positions sont codées en dur, vous avez du travail manuel. C'est l'un des arguments les plus solides pour systématiser les expressions de positionnement relatif dès la phase de création.
Pour les calques Shape et les masques, vérifiez chaque chemin. Un masque rectangulaire créé avec les dimensions de la comp source devra être redimensionné manuellement ou via script. Les effets comme CC Cylinder, Motion Tile ou Offset ne s'adaptent pas automatiquement aux nouvelles dimensions et peuvent produire des artefacts inattendus qu'il faut corriger paramètre par paramètre.
Expressions et bonnes pratiques de build pour faciliter la conversion future
Si vous lisez cet article après avoir souffert sur une conversion, la bonne nouvelle c'est que vous pouvez changer vos habitudes de construction pour que la prochaine fois soit radicalement plus simple. Le principe central : ne jamais coder une valeur de position, d'échelle ou de taille en dur quand elle peut être exprimée en fonction des dimensions de la composition.
L'expression de base que tout motion designer devrait mémoriser est la suivante : pour centrer un élément horizontalement, sa position X doit être `thisComp.width / 2`. Pour l'ancrer en bas de cadre avec une marge de 80px : `thisComp.height - 80`. Ces deux lignes transforment n'importe quel calque en élément qui s'adapte automatiquement à un changement de dimensions de composition.
Allez plus loin avec des calques de contrôle (null objects ou calques d'effets) qui centralisent les valeurs de mise en page : marge principale, hauteur de zone de titre, zone de safe area. Tous vos calques référencent ces valeurs via des expressions pickwhip. Quand vous changez les dimensions de la comp, vous n'ajustez que les valeurs du calque de contrôle, et toute la mise en page se réorganise en cascade. C'est une approche que les studios travaillant régulièrement sur des déclinaisons multi-formats adoptent systématiquement après quelques conversions douloureuses.
Pour les animations d'entrée et de sortie, évitez les positions absolues hors cadre du type `[-200, 540]` pour faire entrer un élément par la gauche. Préférez `[thisComp.width * -0.2, thisComp.height / 2]`, ce qui garantit que l'élément entre bien hors du cadre quelle que soit la résolution. Ce type de keyframe expression-driven passe d'une composition 16:9 à 9:16 sans aucun ajustement.
Scripts et automatisation : aller plus loin avec ExtendScript et les outils tiers
Pour les studios qui produisent des déclinaisons multi-formats de manière régulière, l'investissement dans un script de conversion est rapidement rentabilisé. Un script ExtendScript peut automatiser les opérations répétitives : changement des dimensions de composition, repositionnement des calques selon des règles définies, mise à l'échelle des éléments graphiques, mise à jour des expressions codées en dur.
La logique d'un script de conversion basique fonctionne en plusieurs passes. Première passe : inventaire des calques avec leur type (texte, shape, footage, solide, lumière, caméra), leur position et leur taille. Deuxième passe : application des règles de transformation selon le type et la position dans le cadre original. Un calque centré reçoit un traitement différent d'un calque ancré en bord gauche. Troisième passe : vérification des expressions existantes pour identifier celles qui contiennent des valeurs codées en dur liées aux dimensions.
Des outils comme AEUX, Motion Bro ou des scripts custom développés en interne permettent d'aller encore plus loin en gérant des templates multi-formats depuis une interface dédiée. AEUX, initialement conçu pour le transfert After Effects vers Lottie, propose des structures de composition qui facilitent le multi-format. Certains studios développent leurs propres panels CEP avec une logique de conversion paramétrable : ratio cible, règles de recadrage pour chaque zone de la composition, comportement des calques de texte.
L'automatisation via Adobe's scripting API permet également d'interagir avec les compositions imbriquées récursivement, ce qui est indispensable sur des projets avec plusieurs niveaux de précomposition. Un script qui ne descend pas dans les précomps manquera les éléments les plus profonds dans la hiérarchie, produisant une conversion partielle qui peut être plus trompeuse qu'une conversion non faite.
Gestion des assets vidéo, sons et médias dans la conversion
Les calques de footage vidéo posent une question différente des graphiques vectoriels. Un plan filmé en 16:9 importé dans une composition 9:16 devra être recadré, et ce recadrage implique une décision éditoriale : quelle zone du cadre original est pertinente à conserver ? Si le tournage a été fait avec la déclinaison verticale en tête, les zones d'intérêt sont dans la bande centrale et le recadrage est simple. Si ce n'est pas le cas, vous devrez choisir manuellement la zone de recadrage pour chaque plan, ou utiliser des outils d'auto-reframe.
Adobe Premiere Pro dispose d'une fonction Auto Reframe basée sur une analyse du contenu qui identifie les sujets principaux et ajuste le cadrage automatiquement. Pour les projets motion design purs avec peu de footage, cette fonctionnalité est moins pertinente. En revanche, pour les spots qui combinent animation et plans réels, un workflow hybride peut être efficace : auto-reframe des plans vidéo dans Premiere, puis reprise dans After Effects pour les éléments graphiques.
Concernant l'audio, la conversion de format ne pose pas de problème technique particulier sur la piste son elle-même. En revanche, vérifiez que vos compositions audio (musique, voix off, sound design) ne contiennent pas de calques positionnels qui exploitent la spatialisation stéréo liée à la largeur du cadre. Les sons d'éléments qui entrent par la gauche ou la droite dans la version 16:9 devront peut-être être re-timés ou re-spatialisés pour correspondre aux nouvelles animations dans la version 9:16. C'est un détail que l'on oublie régulièrement et qui se remarque immédiatement à l'écoute.
ConclusionConclusion
Convertir un projet After Effects de 16:9 en 9:16 sans tout refaire est tout à fait faisable, à condition de choisir la bonne méthode selon la complexité du projet et d'accepter qu'il n'existe pas de bouton magique. La méthode d'imbrication convient aux projets simples à deadline serrée. La réécriture calque par calque s'impose sur les productions complexes où la qualité n'est pas négociable. L'automatisation via scripts devient pertinente dès que ces conversions sont récurrentes dans votre activité. Et surtout, la vraie économie de temps se fait en amont : construire avec des expressions de positionnement relatif et une logique de mise en page modulaire transforme une conversion douloureuse en opération de routine.
Questions fréquentesFrequently asked questions
Peut-on changer les dimensions d'une composition After Effects sans perdre les keyframes existants ?
Oui. Modifier les dimensions via Composition Settings conserve tous les keyframes existants avec leurs valeurs absolues. Ce sont les positions, tailles et masques qui deviennent potentiellement décalés par rapport au nouveau cadre, pas les keyframes eux-mêmes. Il faut ensuite ajuster manuellement ou via script les calques qui référencent les anciens bords de cadre.
Quelle est la différence entre 1080x1920 et 9:16 en After Effects ?
1080x1920 est la résolution en pixels, 9:16 est le ratio d'aspect. Pour les réseaux sociaux, la résolution standard est 1080x1920 avec un pixel aspect ratio de 1.0 (pixels carrés). Vérifiez toujours que le PAR est bien réglé sur Square Pixels dans vos Composition Settings pour éviter tout problème d'étirement à l'export.
L'auto-reframe d'Adobe est-il utilisable directement dans After Effects ?
Non, l'Auto Reframe est une fonction de Premiere Pro, pas d'After Effects. Pour l'utiliser sur des plans vidéo intégrés dans votre projet AE, vous devez exporter ou lier vos plans vers Premiere, appliquer l'auto-reframe, puis réimporter le résultat dans After Effects. Pour les projets motion design purs sans footage, cette étape n'est généralement pas nécessaire.
Comment gérer les précompositions imbriquées lors d'une conversion ?
Les précompositions conservent leurs propres dimensions, indépendantes de la composition parente. Si vous changez les dimensions de la comp principale, les précomps internes ne sont pas affectées. Il faut soit entrer dans chaque précomposition et adapter son contenu manuellement, soit passer par un script qui parcourt récursivement toute la hiérarchie de compositions du projet.
Quelles expressions utiliser pour rendre un calque adaptable au format ?
Les expressions clés sont `thisComp.width` et `thisComp.height` pour récupérer les dimensions courantes. Pour centrer : `[thisComp.width/2, thisComp.height/2]`. Pour ancrer en bas avec marge : `[thisComp.width/2, thisComp.height - 100]`. Pour une entrée hors cadre gauche : `[-thisComp.width * 0.1, thisComp.height/2]`. Ces expressions s'adaptent automatiquement à tout changement de dimensions de la composition.
Est-il possible d'automatiser complètement la conversion 16:9 vers 9:16 avec un script ?
Une automatisation complète à 100% est rarement possible sur des projets complexes, car certaines décisions sont éditorielles : choix de la zone de recadrage d'un plan vidéo, réorganisation de la typographie en zone étroite, redistribution des éléments graphiques. En revanche, un script peut automatiser 60 à 80% des opérations répétitives et laisser au motion designer les décisions créatives, réduisant significativement le temps de conversion.
Comment tester rapidement le rendu 9:16 sans créer une nouvelle composition ?
Créez un calque solide en 1080x1080 centré dans votre comp 16:9, coloré à 50% de transparence, pour simuler la zone visible en format carré. Pour simuler le 9:16, créez deux solides noirs en 420x1080 positionnés sur les bords gauche et droit (x=210 et x=1710). Cela vous donne un aperçu rapide de ce qui reste visible dans la bande centrale sans modifier la composition.
Faut-il créer une nouvelle composition ou modifier l'existante lors d'une conversion ?
Modifiez toujours une copie. Dupliquez soit le fichier projet entier, soit la composition et toutes ses dépendances via Edit > Duplicate. Ne travaillez jamais sur l'original, car une conversion calque par calque implique des modifications destructives difficiles à annuler proprement une fois le projet sauvegardé et fermé.
Comment gérer les effets After Effects qui dépendent des dimensions de la composition ?
Des effets comme Motion Tile, CC RepeTile, Grid ou Offset contiennent des paramètres de taille et de répétition liés à la résolution. Il n'existe pas de méthode automatique universelle : chaque effet doit être revisité individuellement. Notez les valeurs originales avant la conversion, puis ajustez les paramètres dimensionnels en appliquant le ratio de transformation (par exemple, multiplier les hauteurs par 1920/1080 ≈ 1.77 pour une conversion vers le format vertical).
La méthode d'imbrication de la comp 16:9 dans un conteneur 9:16 est-elle acceptable pour une livraison client professionnelle ?
Cela dépend du contexte et du type de contenu. Pour un contenu organique sur réseaux sociaux avec une animation centrée, le résultat peut être parfaitement propre. Pour une publicité avec exigences de lisibilité, de safe zones et de placement d'éléments légaux, cette méthode montre rapidement ses limites. L'honnêteté professionnelle consiste à tester le rendu avec les specs du client avant de valider cette approche, plutôt que de livrer sans vérification.