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Passer un projet After Effects 16:9 en 9:16 sans tout refaire : méthodes et automatisations

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Livrer une version verticale d'un spot TV, d'un motion graphic ou d'un générique pensé en 16:9 est devenu une demande quasi systématique. Réseaux sociaux, stories, publicités In-App : le 9:16 est aujourd'hui incontournable, et la fenêtre de livraison se referme souvent en quelques heures après la validation de la version principale.

Pourtant, la plupart des studios abordent encore ce reformatage comme un projet parallèle : on duplique, on déplace, on ré-anime à la main, parfois on ré-enregistre des voix off recadrées. Résultat : du temps perdu, des incohérences visuelles et des erreurs de continuité. Il existe des méthodes structurées pour réduire drastiquement ce travail, à condition d'avoir anticipé certaines choses en amont et de savoir quels outils activer une fois le projet reçu.

Comprendre ce qui change vraiment entre 16:9 et 9:16

Le ratio 16:9 à 1920×1080 px implique un cadre horizontal dont la largeur est presque le double de la hauteur. En 9:16 à 1080×1920 px, c'est exactement l'inverse. La surface totale de pixels est identique, mais la répartition change tout : ce qui était dans les tiers gauche et droit disparaît, ce qui était dans les tiers haut et bas gagne en visibilité.

Concrètement, cela signifie que les éléments texte placés en bas de frame en 16:9 — généralement dans une zone de sécurité entre 80 et 90 % de la hauteur — se retrouvent beaucoup plus proches du centre en 9:16. Les keyframes d'animation de position calculés sur 1920 px de large n'ont plus de sens sur 1080 px. Et les compositions imbriquées héritent du même problème en cascade : modifier la comp principale ne suffit pas, il faut descendre dans toute l'arborescence.

Avant de toucher quoi que ce soit, il faut donc cartographier le projet : combien de precomps, quels éléments sont des solides, quels sont les effets qui s'appuient sur des coordonnées absolues comme des masques tracés manuellement ou des effets de type CC Lens, Turbulent Displace avec des paramètres d'offset. Cette cartographie prend vingt minutes sur un projet propre et peut prendre plusieurs heures sur un projet livré par un autre studio sans documentation.

La méthode du Scale & Crop : rapide mais limitée

La première approche, la plus rapide, consiste à placer la composition 16:9 entière dans une nouvelle composition 9:16, puis à la mettre à l'échelle et à la recadrer. En pratique : on crée une comp 1080×1920, on y glisse la comp 1920×1080 comme un calque, on la scale à environ 177 % pour que la hauteur couvre le cadre vertical, et on laisse les bords gauche et droit sortir du cadre.

Cette méthode est viable uniquement pour des contenus à sujet centré : un produit positionné au milieu du cadre, un personnage qui ne sort jamais du tiers central, un logo centré sur fond uni. Elle est inutilisable dès que l'animation exploite l'espace horizontal : un texte qui slide de la gauche, un graphique qui s'étale sur toute la largeur, un split-screen.

Son avantage réel est la vitesse : on obtient un rendu livrable en cinq minutes, idéal pour valider un story-board vertical avec un client avant d'engager un reformatage complet. Certaines agences l'utilisent aussi comme version de secours quand un délai est impossible à tenir. Mais la qualité visuelle est souvent décevante — flou de redimensionnement, composition non pensée pour le vertical — et elle ne passe pas en 4K sans perte significative.

Restructurer les compositions avec les guides et les zones de sécurité

Quand le projet le justifie, la méthode propre consiste à modifier les paramètres de chaque composition clé et à repositionner les éléments manuellement avec rigueur. Dans After Effects, on commence par dupliquer la comp principale, on modifie ses dimensions via Composition > Composition Settings, et on active immédiatement les guides de zones de sécurité pour travailler dans les marges correctes.

La règle de base est de raisonner par zones fonctionnelles : zone de titre en haut (environ 15 à 25 % de la hauteur), zone de message principal au centre, zone d'action ou de CTA en bas. En 9:16, ces zones sont plus étroites horizontalement mais plus généreuses verticalement, ce qui change la hiérarchie visuelle. Un texte en deux lignes en 16:9 peut rester sur deux lignes en 9:16 si la taille de la police est réduite, mais souvent on va plutôt le reformater en trois ou quatre lignes avec un tracking différent.

Pour les animations de position, on peut utiliser l'expression value remapping : plutôt que de retoucher chaque keyframe, on applique un facteur multiplicateur sur les valeurs X en écrivant une expression simple dans le champ de la propriété. Par exemple, si un élément se déplace de 0 à 960 en X sur la comp originale (soit de bord à bord en 1920 px), on veut qu'il parcoure 0 à 540 en X dans la comp 1080 px. Une expression du type `value * (thisComp.width / 1920)` appliquée sur la propriété Position.x fait ce calcul dynamiquement et évite de retoucher manuellement chaque keyframe.

Exploiter les expressions AE pour un reformatage dynamique

Les expressions After Effects sont l'outil le plus puissant pour préparer un projet à être reformaté sans modification manuelle. L'idée est de remplacer toutes les valeurs absolues de position, taille et espacement par des expressions qui référencent les dimensions de la composition parente.

Les variables `thisComp.width` et `thisComp.height` sont la base. Un calque texte centré horizontalement avec une expression `[thisComp.width / 2, value[1]]` sur sa propriété Position restera centré quelle que soit la largeur de la composition. De la même façon, un calque ancré à 10 % du bas du cadre s'écrit `[value[0], thisComp.height * 0.9]`. Ces deux expressions simples couvrent 80 % des cas de reformatage de textes et de logos.

Pour les animations plus complexes, on peut aller plus loin avec des expressions qui interpolent entre des valeurs sources et des valeurs cibles selon un paramètre de contrôle. On place un calque Null nommé "Format Control" avec un slider allant de 0 (16:9) à 1 (9:16), et chaque propriété animée lit ce slider pour calculer sa valeur courante via un `linear()`. Cela permet de tester visuellement le reformatage en temps réel en déplaçant simplement le slider, avant même d'avoir changé les dimensions de la composition. C'est une technique particulièrement utile quand on doit présenter plusieurs variantes de reformatage à un client avant validation.

Attention aux effets qui ignorent les expressions sur leurs paramètres internes : Transform intégré dans certains effets, les masques de calque, les paramètres de certains plugins tiers. Ces éléments devront toujours être traités manuellement ou via des scripts.

Scripts et automatisations : ce qui existe réellement

Plusieurs scripts commerciaux abordent le problème du reformatage multi-format. La logique commune est la suivante : l'utilisateur définit un format cible, le script parcourt toutes les compositions du projet, identifie les calques positionnés en fonction des dimensions d'origine et recalcule leurs propriétés pour correspondre au nouveau format.

Parmi les approches scriptées qu'on peut développer en interne via ExtendScript ou le nouveau moteur de scripting : un script qui parse toutes les compositions, identifie les calques dont la position dépasse 50 % de la largeur de la comp (donc probablement positionnés dans la moitié droite), et les signale dans un rapport avant reformatage. Ce diagnostic automatique prend quelques minutes à coder et évite les oublis lors d'un audit manuel.

On peut également scripter la création de la composition 9:16 avec pré-remplissage : le script duplique la comp principale, modifie ses dimensions, crée automatiquement un calque de fond au format correct, et importe la comp originale en calque précomposé avec le scale calculé automatiquement. Ce workflow de base représente environ 150 lignes d'ExtendScript et s'amortit dès la deuxième utilisation sur un projet de taille moyenne.

Essential Graphics Panel mérite également d'être mentionné ici : si le projet a été construit avec des propriétés exposées dans le panneau Essential Graphics, le reformatage se résume parfois à modifier les valeurs de ces propriétés dans le template Motion Graphics, sans toucher à la structure de la comp. C'est la méthode la plus propre pour les projets destinés à être reformatés régulièrement, comme des templates de réseaux sociaux ou des habillages broadcast déclinés sur plusieurs formats.

Anticiper le reformatage dès la phase de conception

La meilleure façon de rendre un reformatage rapide est de l'avoir anticipé avant même d'ouvrir After Effects. En phase de conception, si le brief mentionne une déclinaison verticale, cela change plusieurs décisions de mise en scène.

Premièrement, les animations horizontales doivent être limitées ou centrées. Un texte qui entre par la droite et sort par la gauche est un calvaire à reformater ; un texte qui monte par le bas reste pertinent dans les deux formats. Deuxièmement, le placement des éléments doit privilégier la zone commune aux deux formats, c'est-à-dire le carré central de 1080×1080 px présent dans les deux ratios. Un storyboard qui travaille cette zone en priorité permet de conserver 70 à 80 % de l'animation telle quelle lors du reformatage.

Deuxièmement, la gestion des assets sources compte énormément. Une vidéo filmée en 4K peut être recadrée pour le 9:16 sans perte de qualité en 1080p ; une vidéo filmée directement en 1080p 16:9 sera floue ou très zoomée en 9:16. Travailler avec des éléments vectoriels ou des tailles de sources supérieures au format de livraison est un investissement qui se rentabilise dès qu'une déclinaison est demandée.

Enfin, la nomenclature des calques et la structure des precomps ont un impact direct sur la vitesse de reformatage. Des calques nommés clairement, des precomps organisées par zone visuelle plutôt que par timing, et des commentaires dans les expressions facilitent considérablement le travail d'un autre motion designer qui reprend le projet pour le reformater — ou du même motion designer six mois plus tard.

ConclusionConclusion

Passer du 16:9 au 9:16 ne devrait jamais être un projet de refonte complète. Avec une architecture de projet rigoureuse, des expressions basées sur les dimensions de composition, et quelques scripts ciblés, ce travail se réduit à une fraction du temps de production initial. L'investissement clé est en amont : former les équipes à concevoir pour plusieurs formats dès le départ, normaliser les templates internes avec des propriétés dynamiques, et documenter les projets complexes pour faciliter les reprises. Les studios qui ont mis en place ces pratiques traitent les déclinaisons verticales comme une étape de post-production légère, pas comme un second projet.

Questions fréquentesFrequently asked questions

Peut-on reformater automatiquement un projet After Effects entier en 9:16 sans aucune intervention manuelle ?

Pas complètement. Les scripts peuvent automatiser la création de la composition cible, le repositionnement des calques basés sur des positions relatives, et la mise à l'échelle des éléments. Mais les masques tracés manuellement, les effets avec des coordonnées absolues, et les animations qui exploitent l'espace horizontal nécessitent toujours une révision humaine. L'automatisation réduit le travail manuel de 60 à 80 % selon la complexité du projet.

Quelle est la différence entre modifier les dimensions d'une composition et utiliser une precomp mise à l'échelle ?

Modifier les dimensions de la composition permet de repositionner les éléments dans leur espace natif, ce qui préserve la qualité et donne un contrôle précis sur chaque élément. Utiliser une precomp mise à l'échelle est plus rapide mais engendre une perte de qualité si le scale dépasse 100 %, et ne permet pas de retravailler la composition visuelle pour le format vertical.

Les expressions thisComp.width et thisComp.height fonctionnent-elles dans les precomps imbriquées ?

Oui, mais elles retournent les dimensions de la composition dans laquelle le calque est directement contenu, pas de la composition parente. Un calque dans une precomp de 1920×1080 lira ces valeurs même si la precomp est placée dans une comp de 1080×1920. Pour référencer les dimensions de la composition parente depuis une precomp, il faut utiliser des expressions avec comp() ou passer des valeurs via des propriétés de calque Null.

Comment gérer les footage vidéo 16:9 dans une composition 9:16 ?

Trois options : recadrer le footage en zoomant sur la zone pertinente (fonctionne si le footage original est en haute résolution), utiliser un fond ou un flou derrière le footage à sa taille originale pour remplir les zones noires en haut et en bas (effet split-screen ou pillarbox stylisé), ou remplacer le footage par une version filmée ou recadrée spécifiquement pour le vertical. La première option est de loin la plus rapide, la troisième est la plus qualitative.

Faut-il refaire les animations de type texte révélé ou masque animé lors du reformatage ?

Pas nécessairement. Les masques de texte qui suivent le contour du texte lui-même se redimensionnent souvent correctement si le calque texte est simplement repositionné. En revanche, les masques de wipe horizontaux (révélation de gauche à droite) doivent être redimensionnés ou remplacés par des wipes verticaux, plus adaptés au format 9:16 et souvent plus dynamiques visuellement en contexte mobile.

L'Essential Graphics Panel est-il vraiment utile pour le reformatage ou est-ce du marketing Adobe ?

Il est réellement utile, mais uniquement si le projet a été construit en prévision de son utilisation. Si les propriétés clés (positions, tailles, couleurs, textes) ont été exposées dans le panneau lors de la création, le reformatage se fait en modifiant ces propriétés dans le template MOGRT sans toucher à la comp. Sur un projet existant non préparé pour cela, rétroactivement exposer toutes les propriétés nécessaires peut prendre autant de temps que de reformater manuellement.

Combien de temps faut-il compter pour reformater un projet de 30 secondes de complexité moyenne ?

Sur un projet bien structuré avec des calques nommés, des precomps logiques et des animations principalement verticales ou centrées, comptez entre 2 et 4 heures pour un reformatage soigné avec révision qualité. Sur un projet livré par un tiers, non documenté, avec des animations fortement horizontales et des effets avec paramètres absolus, la durée peut dépasser une journée complète. C'est pour cela que la tarification des déclinaisons doit être discutée avant de voir le projet source.

Y a-t-il des erreurs courantes à éviter lors d'un reformatage 16:9 vers 9:16 ?

Oui : oublier de vérifier les precomps imbriquées en profondeur et se retrouver avec des éléments incorrectement positionnés à l'export ; ne pas tester le rendu final sur un vrai écran de téléphone (le viewport AE ne représente pas les zones de sécurité des interfaces mobiles) ; oublier de reformater les versions audio si des éléments sonores étaient synchronisés à des animations repositionnées ; et ne pas vérifier les paramètres d'export, car certains encodeurs inversent les dimensions si width et height ne correspondent pas à des standards reconnus.

Peut-on utiliser Premiere Pro ou autre pour reformater plutôt qu'After Effects ?

Premiere Pro propose la fonction Auto Reframe dans les séquences, qui utilise une IA pour détecter le sujet principal et le recadrer automatiquement. C'est efficace pour des rushs vidéo purs, mais inutilisable pour des motion graphics avec textes, animations vectorielles et compositions multicouches. Pour ce type de contenu, le reformatage doit se faire dans After Effects, là où la structure des calques est accessible et modifiable.

Comment facturer une déclinaison 9:16 à un client qui n'y avait pas pensé en début de projet ?

La déclinaison verticale sur un projet non prévu pour est un travail à part entière, pas un simple export. La base de calcul raisonnable est entre 30 et 60 % du prix de production de la version originale, selon la complexité des animations et la qualité de la structure du projet source. Il est recommandé d'inclure systématiquement dans les devis initiaux une ligne optionnelle pour les déclinaisons verticales, avec un prix avantageux si elle est validée avant le début de la production : cela incite le client à anticiper et vous permet de construire le projet en conséquence.